disque_dur_plateaux

Prenons la question par l’autre bout. On pourra discuter indéfiniment de la numérisation du monde, des bouleversements quelle engendre dans les comportements de consommation, des difficultés à l’appréhender pour le monde industriel et économique, de la vision artistique forcément nouvelle qu’elle implique. Mais finalement le débat essentiel ne porte t il pas sur la mémoire collective? Loi restrictive ou non, que restera t il de toutes ces données téléchargées, emmagasinées sur les millions d’ordinateurs en activité dans le monde? Peut être pas grand chose, peut être rien. Comment se fera la sélection? dans quelles condiions? Un débat technique propre aux historiens, auquel il semble urgent de répondre tant les conséquences toucheront  aussi plus prosaïquement les particuliers dans les années futures.

On connait en partie  l’antiquité greco romaine par la tradition écrite, les textes transmis par les moines copistes, par les restes archéologiques vieux de plusieurs milliers d’années. le papier a cette vertu d’être en partie  inaltérable, de résister tan bien que mal aux affres du temps et finalement de transmettre admirablement la connaissance de la société humaine. L’archéologie s’appuie sur des matériaux capables de se préserver, sur cette faculté qu’a la terre en certaines circonstances à ne pas détruire l’oeuvre  du passé. Peu importe désormais, la découverte d’un bol en cuivre apporte en soit une même quantité connaissances que les restes d’un quelconque palais, ou qu’un fragment de texte juridique. Car le temps efface tout autant et  dans une parfaite égalité, les glorieux souvenirs des rois ou le banal quotidien de leurs sujets.

Dans une société en proie à la virtualisation, les difficultés s’amoncellent. Des plus prestigieuses institutions, la Bibliothèque Nationale de France ou l’INA, en proie au pires difficultés pour imaginer ce que sera l’archive universelle de demain, à monsieur Tout le Monde préoccupé par la sauvegarde de son disque dur et de ses souvenirs personnels, le monde fait face à la pire crise de la transmisison de son savoir. les plans architecturaux  réalisés aujourd’hui sur ordinateurs seront ils consultables dans trois cents ans? le format dans lequel ils ont  été crées sera t il encore d’actualité et lisibles lorsqu’il faudra de nouveau les étudier? De même et plus simplement que deviendront dans les années futures les tonnes de fichiers musicaux, de vidéos, de photos téléchargées ou sauvegardées par chacun d’entre nous? Il y a fort à parier que la durée de vie de ces fichiers numériques sera bien plus courte que pour n’importe quel dvd vinyl,cd ou papier en supposant que le matériel de lecture adéquate  continue à exister, ce qui n’est pas moins sûre La mémoire de l’humanité est aujourd’hui plus intimement liée aux progrès techniques qu’elle ne l’a jamais été.

Il est évident que l’on s’efforcera de préserver autant que l’on pourra nos traces au fur et à mesure du temps. L’exemple de la mémoire littéraire très tentée par les serveurs de l’entreprise Google révèle la principale contrainte de ces tentatives. le coût. Car le stockage de données est un budget considérable. Pour le particulier, acheter un ordinateur, puis un disque externe, une clé usb, sont des quasi obligations, génératrices importantes de dépenses. les problèmes de fiabilité, la peur de tout perdre, la quantité disponible  feront qu’ à intervalle régulier, les ménages devront se ré équiper. Il en est  et sera de même toute proportion gardée  pour les entreprises et les services des Etats, contraints dans le futrur d’executer des sauvegardes régulières de leurs catalogues d’archives, dans un soucis de préservation et de compatibilité. L’exemple du CD gravable, vite détérioré, montre les difficultés d’adaptation et les sauvegardes confiées aux mémoires distantes de quelques entreprises comme Google sont donc loin d’être la panacée. Tout ne se partage pas et sûrement pas les droits de propriété.

Le problème du” piratage” de la musique et des vidéos n’est finalement qu’un problème secondaire. le marché de l’archivage pourrait se révèler bien plus rémunérateur. Préserver  pour chacun ses souvenirs et donc son identité  désormais transformés en données informatiques volatiles à la durée de vie somme toute très limiée est une urgente nécessité. On pourra ainsi, dans le meilleur des mondes; télécharger et acheter légalement comme le souhaite Hadopi, l’ensemble de sa musique sur les sites officiels (entendez par là marchands), au risque de tout perdre en cas de défaillance technique de son matériel.

Les sociétés de contenus l’ont bien compris, la non sauvegarde des fichiers téléchargés entre indirectement dans leurs calculs, en prétextant le problème de la copie et du piratage. Les maisons de productions ne permettent généralement pas de télécharger une nouvelle fois en cas de besoin les morceaux de musique ou les films déja achetés ( les plus gros vendeur en ligne),  le modèle des sites de musique ou de video à la demande même gratuits (v.o.d, sites de streaming) aussi pratiques soient ils limitent l’appropriation personnelle par le public de la culture sauf paiement, et la sauvegarde  de données propres via des sites internet réputés sûrs (encore que) pour des espaces suffisants (en général au delà du giga octet) exige une facturation. Tout un programme.

 

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