
Julian Casablancas, leader des brillantissimes Strokes se la joue solo et accentue la tendance à l’ éparpillement façon puzzle de la formation new yorkaise. L’album solo d’un artiste issu d’une formation reconnue pose souvent problème. Au possible échec d’une alchimie créatrice maintenant disparue, s’ajoute le risque d’accoucher d’une oeuvre souvent trop proche de ses grandes soeurs et sans trop d’idée, histoire de regretter jusqu’au bout la disparition du groupe qui fit la renommée de ses membres.
Le charismatique chanteur évite sans encombre ces écueils rédhibitoires en jouant la partition maline de la différence. Le rock tout en énergie et en guitares de sa formation d’origine laisse place à une pop teintée comme il se doit de New Wave, synthétiseurs synthétiques et généreux, harmonies harmonieuses et séductrices, voix massive à l’effet massue. Du sang neuf pour une prometteuse parenthèse qui hisse Julian Casablancas au rang de songwriter confirmé, capable de s’approprier en solitaire un univers léger mais surprenant de maturité, ou viennent se mêler pour l’exemple, banjo et rythmes froidement électroniques, acteurs comme d’autres d’une tentation expérimentale perceptible.
On en lui sera grè d’avoir réécrit finement sa propre histoire et de donner pas mal de grain à moudre à d’hypothétiques et futures retrouvailles que l’on imagine renversantes. Mais cet album là vit naturellement et simplement par lui même et offre en vérité une bonne tranche de plaisir sans faute de goût à qui voudra bien y risquer l’oreille. Une bonne opportunité pour l’américain d’exister en tant que tel, car comme chacun sait, l’or se ramasse plus aisément lorsque le monstre sommeille.
Cult / RCA records