Krautrock

Qu’est ce qui a bien pu faire courir David Bowie à Berlin au milieu des 70′s, ou pousser les Smashing Pumpkins à publier le méconnu mais magnifique Adore? pourquoi les Death In Vegas sacrifiés sur l’autel du buziness ont ils tout de même osé leur Satan Circus? Beaucoup de questions qui trouvent leur réponse dans le bouillonnement expérimental de la musique underground  européenne mais surtout allemande des années 70.

le Kraut Rock puisqu’il s’agit en partie de lui est une lame de fond invisible mais puissante, qui continue  d’alimenter directement la musique actuelle par son sens de l’expérimentation, ses trouvailles et son désir de pousser les instruments dans des retranchements que personne n’aurait auparavant soupçonné.  Accoudés aux instituts de recherche  plus ou moins officiels, on pense à l’iRCAM en France, ces mouvements considèrent dès la fin des années 60,  que la musique n’est pas seulement une partition linéaire jouée par des instruments acoustiques ou électriques mais qu’elle est un matériau maléable à souhaits qui peut être interprété par des instruments transformés, bidouillés, défigurés. On joue de la musique sur les nouveaux synthétiseurs, mais on retravaille aussi les bandes issues des enregistrements, on les brûle, on les abime, on les maltraite et on en tire des sonorités nouvelles. le temps et l’espace s’en trouvent alors modifiés, on inverse, on recule, on répète, on accélère, on ralentit, le chaos s’installe, Les effets sonores, l’écho  la réverbération, le flanger ne sont plus seulement là pour souligner tel ou tel phrasé, ils modifient en profondeur la perception que l’on a des oeuvres et s’improvisent instruments à part entière. Le travail artistique sur le bruit, commencé dès la fin du XIXème siècle, prend alors son envol par l’entremise des progrès techniques réalisés après la seconde guerre mondiale et débouchera grossièrement beaucoup plus tard sur la musique électronique actuelle.

Un véritable temps des pionniers, habités par une foi inébranlable. Souvent incompris mais toujours dans le coup, leur travail  et leur méthodologie est aujourd’hui une bénédiction pour le monde de la musique . le travail sur l’ordinateur devenu la routine aujourd’hui, n’est rien d’autre qu’une extension de ce concept de musique “visuelle”, organique, que l’on retrouve dans l’oeuvre de groupe comme Can, Tangerine In Dream Neu, Clusters, Klaus Shulz ( clavier de Tangerine In Dream) et les célèbres Kraftwerk, inventeurs d’une pop répétitive et mécanique “grand public”. Cette musique allemande qui croise en tout point l’histoire économique et sociale du pays, est  donc essentiellement d’essence urbaine et industrielle. Qualifiée de “froide”, elle est en réalité, bien plus vivante qu’elle ne le laisse croire au premier abord: Toujours en mouvement, elle introduit le réel, merci Pierre Henry et consorts (bruits mécaniques, de trains, d’usines, vagues, vent, autoroute) qui rythment les compositions au travers de ce que l’on appelle aujourd’hui le sampling, et se permet même de mettre de côté le chant, devenu simple illustrateur d’émotions souvent négatives. On chante volontairement mal et peu, sur des mélodies contemplatives. L’humain n’est plus le coeur même du projet mais se retrouve  manipulateur  de son propre environnement qu’il peut dessiner à sa guise, quitte à être lui même  manipulé par ses propres créations (la thématique Krafwerk) .  Un homme beaucoup plus puissant, capable de s’émanciper de ses propres limites ou de s’en créer de nouvelles gràce à la technologie; Un courant  déja annonciateur  et précurseur des bouleversements à venir.

Conseillés pour leur aspect très représentatif  : Neu! et leurs albums  Neu 2 et Neu 75

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